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Ce n’est pas la première fois que j’interviewe Alban, mais au fur et à mesure que le temps passe le champ des images pour le décrire rétrécit comme une peau de chagrin. Du Mozart des réseaux sociaux (Gilles Saucier sur Linkedin) à l’homme qui murmurait à l’oreille des réseaux sociaux (Laure Kepes de Digital Insurance), il existe désormais une véritable liste à la Prévert que je vous épargnerais. On l’a même réclamé comme ministre du Travail (Stéphane Abecassis sur Twitter)… C’est vous dire ! L’expression qui m’est alors venue à l’esprit est de Phillipe Fraysse : « Alban c’est le patron ! » Comme depuis une semaine la musique et plus spécifiquement le rock sont devenus des armes de résistance massive, j’ai pensé à Bruce Sprinsgteen et plus  particulièrement à « everybody’s got a hungry heart » (for peace…ndlr).

Alban JarryQuelque part, Alban est une anomalie quantique, car son parcours n’avait rien d’une voie royale pour flirter avec les sommets des réseaux sociaux. De la DSI, d’une filiale de gestion d’Edmond de Rothschild, à un plan social, il a décidé d’utiliser les réseaux (virtuels et réels)pour rebondir professionnellement. Sans rien connaître aux réseaux sociaux, sans aucune formation spécifique en communication ni en marketing, il y a développé une présence incontournable. Dès le départ, il s’est positionné comme son propre cobaye et n’a cessé de publier pour décrire cette expérience. Il n’est jamais entré en concurrence avec les nombreux professionnels aguerris en conservant son positionnement d’expert. (en 3 ans, ses publications ont été vues près de 2 millions de fois !). Devenu auteur de livres blancs à succès, ses chiffres sont astronomiques (avec leurs extraits, les 2 premiers livres blancs cumulent plus de 500 000 vues). Contributeur régulier du Cercle des Échos et ancien coéditeur de La Nouvelle Revue de Géopolitique, il a, au cours du temps, affiné, une plume claire et fiable. Sans oublier son blog sur lequel il partage et relaye sans relâche. Devant tant de chiffres qui en deviennent des scores, il pose un regard mêlé d’amusement, d’étonnement et de fierté désinvolte. Désormais « bankable » pour des marques en communication B to B, Microsoft soutient ce nouveau livre blanc dans le cadre de la campagne de communication de la nouvelle Surface Pro 4.

J’en arrive parfois à me demander si Alban ne s’est pas fait secrètement cloner. Quand le commun des twittos s’arracherait les cheveux pour suivre son rythme, notre boss garde son calme quoiqu’il arrive. Un calme hybride qui relève à la fois du moine bouddhiste et d’un certain flegme britannique matiné d’une pincée de détermination churchillienne. À moins que tout cela ne soit qu’une histoire de calvitie, ce qui, vous le comprendrez aisément, m’empêche de regretter  de ne pas jouer dans la même cour.

twitterAu fur et à mesure que ses statistiques s’envolent,  loin de s’éloigner dans les hauteurs, notre «patron» s’encre un peu plus dans le concret sans jamais oublier que tout le monde n’a ni son audace, ni sa chance, ni ce côté «joueur pince-sans-rire» qui lui permettent de tester et d’apprendre en temps réel. Dans cette veine, il relaye régulièrement les demandes de chercheurs d’emploi en leur offrant la visibilité de son blog qui est devenu une véritable force de frappe (il a commencé cette série de portraits de talents pour mettre en avant leurs compétences à l’issue de la journée #VotreJob organisée par Twitter en mars 2015 de Matthieu Dufour à Julien Kraeuter, ils sont déjà 36 à avoir bénéficié de l’audience de son blog ). Plus récemment, il a initié la création du collectif #i4Emploi (le 26 septembre ) qui compte à ce jour 500 membres pour 670.000 followers.

Depuis cette interview réalisée à l’occasion de son nouveau livre blanc « 112 Regards sur Twitter », 130 vies ont été fauchées dans l’absurdité d’une horreur impossible à digérer. Comme il faut continuer, j’ai choisi de le faire sans occulter le contexte et de recentrer mes mots  sur l’essentiel  : la personne qui à mes yeux se cache derrière cet homme-orchestre. J’ai eu envie de présenter mon regard sur Alban qui d’un livre blanc à l’autre est devenu un ami.

Un an sépare vos deux livres blancs sur Twitter, quelle a été la principale évolution, votre plus grande surprise ? 

La plus grande évolution, c’est l’arrivée toujours plus importante de professionnels sur la plateforme pour l’utiliser activement. La plus grande surprise, c’est d’avoir de nouveau autant de participants pour parler de cette évolution. C’est une chance phénoménale de pouvoir mettre à disposition tous ces textes. La force des réseaux sociaux, c’est de permettre les connexions, de créer ce lien 1 <–> 1 qui intègre la réciprocité de la relation. Ce livre blanc est avant tout une aventure humaine dans le monde du virtuel. Twitter ouvre de nombreuses portes et j’espère que ce livre blanc en est le reflet. Les profils des participants sont une nouvelle fois extrêmement variés pour refléter la diversité des points de vue et les différences des modes d’utilisation.

Vous considérez-vous comme un anthropologue digital ? 

livre blancClaude Levi Strauss a déclaré que « L’humanité s’installe dans la mono-culture; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat. » J’espère que les réseaux sociaux permettront de sortir de ce système mono culturel et que la civilisation de l’ultra connexion sera aussi celle de l’ultra utilisation de la connaissance. Dans notre société conformiste et normaliste, pouvoir explorer de nouveaux territoires est une chance phénoménale. Sur Twitter, la navigation et l’utilisation des réseaux peuvent être aléatoires, c’est une chance de redécouvrir l’instantanéité de la parole et les réactions qui en découlent.

Claude Levi Strauss a aussi écrit :  » Si le but dernier de l’anthropologie est de contribuer à une meilleure connaissance de la pensée objectivée et de ses mécanismes, cela revient finalement au même que, dans ce livre, la pensée des indigènes sud-américains prenne forme sous l’opération de la mienne, ou la mienne sous l’opération de la leur. Ce qui importe, c’est que l’esprit humain, sans égard pour l’identité de ses messagers occasionnels, y manifeste une structure de mieux en mieux intelligible à mesure que progresse la démarche doublement réflexive de deux pensées agissant l’une sur l’autre et dont, ici l’une, là l’autre, peur être la mèche ou l’étincelle du rapprochement desquelles jaillira leur commune illumination « 

Je ne pense pas être un anthropologue du digital, simplement un observateur de ce monde numérique, qui se dévoile progressivement, et un acteur parmi tant d’autres.

Twitter permet de se mobiliser, #i4emploi en est-il la preuve ? 

Mikhaïl Gorbatchev a dit que « l’humanité a à faire face à une multitude de problèmes plus importants les uns que les autres. On ne peut résoudre ces problèmes qu’ensemble. » Pour arriver à mobiliser sur une cause, il faut souvent un évènement déclencheur. L’augmentation du chômage, l’urgence de laCapture d’écran 2015-11-22 à 20.05.06 situation à Meymac, la nécessité d’aider des personnes en recherche d’emplois ont été autant de facteurs qui expliquent la forte mobilisation qui s’est produite depuis 1 mois. Plus de 500 twittos (regroupant plus de 670 000 followers), qui participent à cette mise en avant de compétences et de talents, est extraordinaire. L’idée est à la base pourtant très simple et n’a rien d’innovant : « donner » un RT (re-tweet) pour aider une personne à diffuser sa recherche d’emploi, cela ne coûte rien de faire un RT et pourtant cela permet d’augmenter les chances de se faire repérer par un recruteur. La situation du chômage est tellement dramatique que l’on peut essayer de nouvelles idées pour faciliter le rapprochement de personnes et d’entreprises. Ce qui nous marque beaucoup dans le collectif, c’est cette entraide positive qui s’est déclenchée en complément du système des RT : entraide pour améliorer les profils sur les réseaux sociaux, entraide pour rendre plus efficaces les images accompagnant les messages, entraide pour mieux présenter les compétences, entraide pour préparer des entretiens … nous apprenons tous au fur et à mesure pour mieux utiliser le réseau qui s’est ainsi créé spontanément. #i4emploi ne remplace pas, et ne remplacera jamais, les modes traditionnels de recherche, il vient juste un peu les compléter avec cette nouvelle forme de visibilité que donnent les réseaux sociaux.

Twitter est un terrain d’expérimentations individuelles ou collectives ?

Je crois que Twitter est un lieu de plus en plus collectif où l’individu peut expérimenter beaucoup de choses. L’utilisation de Twitter qui marche le mieux est celle qui génère une importante interaction avec des communautés d’utilisateurs. Le classement d’Evan Carmichael des twittos les plus influents à Paris le montre bien, le nombre de followers importe peu finalement, en avoir un million ou 5000 donne les mêmes chances d’y figurer. Ce qui compte c’est bien la force collective que génère un compte et probablement ses idées originales.

Euripide  disait qu’ « Aucun de nous ne sait ce que nous savons tous, ensemble ». Twitter, et les réseaux sociaux autorisent une transmission du savoir et des connaissances. Ils permettent de découvrir de nouvelles pièces d’un puzzle dont l’assemblage est infini, ils lèvent toutes les barrières de la communication. Personne pour le moment n’a trouvé leurs limites.

Pour télécharger le livre blanc, cliquez : ici

 

Violaine Champetier de Ribes @VioChamp

Communication personnelle des dirigeant(e)s

Meunier

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