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L’agrégation de bonnes volontés en temps réel est une des innovations portées par la révolution digitale. « L’empowerment » cher à Joël de Rosnay  se répand parmi les citoyens connectés. Depuis trois semaines le phénomène #i4Emploi se propage en portant l’espoir d’une reprise qui sauverait une trentaine d’emplois à Meymac. Voici un décryptage et décodage des nouvelles possibilités de mobilisations créées sur les réseaux sociaux. Alban Jarry revient sur le phénomène généré par ce hashtag.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est #i4Emploi ?

#i4Emploi est un collectif né le 26 septembre sur Twitter pour participer à la sauvegarde d’une usine pharmaceutique en Corrèze. Il s’est mis en place en quelques heures face à l’urgence de la situation. À l’époque, il restait une semaine avant la fin du processus de liquidation. L’objectif était d’attirer l’attention de potentiels repreneurs pour préserver une trentaine d’emplois sur place. #i4emploi a finalement pour vocation d’aider des personnes en recherche d’emploi afin de valoriser leurs compétences et de rendre leur recherche plus visible sur les réseaux sociaux.

Comment est organisé #i4Emploi ?

#i4Emploi1Au départ, #i4Emploi s’est créé via un groupe sur Twitter (dans les messages privés). Dès le premier jour, le noyau dur s’est constitué autour d’une trentaine de twittos. Souvent des « influenceurs » de Twitter avec des réseaux importants. Aujourd’hui, ce sont plus de 300 personnes qui affichent le hashtag #i4Emploi sur leurs biographies pour montrer qu’ils soutiennent l’initiative.

Pour trouver la liste des twittos, il suffit de consulter Moz : ici. L’outil a quelques jours de décalage, mais il permet aussi de consulter les biographies. Une personne en recherche peut contacter plus facilement une personne du secteur recherché ou un type de travail. L’organisation est finalement assez simple et gérée avec des outils gratuits.

Quelle est la dynamique autour de #i4Emploi ?

Beaucoup d’idées sont échangées via la messagerie de Twitter. Le noyau dur consacre du temps le soir pour aider au sauvetage de Meymac et des personnes en recherche d’emploi. Ce sont des personnes profondément altruistes et je pense que beaucoup rêveraient d’avoir une telle équipe avec autant de talents et d’idées à disposition. Ce qui est impressionnant, c’est que chacun s’est fondu dans le collectif et apporte de l’aide en fonction de son temps disponible. Ce sont des professionnels qui consacrent une partie de leur temps privé en se disant qu’ils peuvent peut-être un peu aider à leur échelle des personnes en difficulté.

Comment expliquer qu’autant de personnes se soient mobilisées ?

Il y d’abord un sentiment d’urgence après l’annonce des 20 000 chômeurs supplémentaires en France. Capture d’écran 2015-10-02 à 07.34.45On assiste à l’éclosion de plus en plus d’initiatives citoyennes pour tenter des choses différemment. #i4Emploi s’inscrit dans cette démarche. Le fait que le collectif ait commencé le 26 septembre alors que c’était l’anniversaire des 30 ans des restos du cœur a aussi aidé.

Cela fait maintenant 3 semaines que le collectif existe et tous les jours de nouvelles personnes le mentionnent dans leurs biographies. C’est assez incroyable! Aujourd’hui, nous sommes plus de 300 et totalisons plus de 600 000 followers. Cela montre que beaucoup sont prêts à apporter de l’aide pour aider à lutter contre le cercle vicieux du chômage.

Le sous-préfet de Meymac a déclaré que l’un des dossiers de reprise potentielle était arrivé par #i4Emploi ?

Oui, c’est extraordinaire en si peu de temps. A priori, par l’intermédiaire du collectif, il y a eu 3 entreprises qui auraient pu être intéressées, que l’une d’entre elles arrive à monter un dossier en si peu de temps (15 jours) est incroyable. Cela montre que le collectif a donné une belle visibilité à l’usine de Meymac et que ce moyen peut aider des entreprises en difficulté à trouver d’éventuels repreneurs.

Quels sont les relais de #i4Emploi ?

Bien entendu Twitter, mais aussi Linkedin et surtout les médias (internet, presse et radio). Il y a eu depuis 15 jours beaucoup d’articles et d’interviews sur i4emploi. L’impact du collectif sera à analyser plus tard avec du recul, mais il est déjà acquis que des twittos peuvent être des relais d’un nouveau genre dans ce type de situation. Que l’Apec et Pole Emploi citent #i4Emploi révèle aussi la puissance des réseaux sociaux.

et

Comment des demandeurs d’emploi peuvent-ils faire appel à #i4emploi ?

Via des tweets. La méthode la plus simple actuellement est de faire un tweet sous la forme :

« #PleaseRT Recherche #emploi : (type de poste + secteur) #i4Emploi »
+ Mettre un lien vers le profil LinkedIn (ou Viadeo)
+ Ajouter une image qui résume la recherche (+ les principales compétences)
+ Dans Twitter, il est possible d’associer jusqu’à 10 comptes Twitter, il suffit alors de mentionner 10 comptes ayant #i4emploi dans leur biographie pour augmenter la diffusion du Tweet.

Un conseil, grâce à la recherche dans Moz (ici) sélectionnez les comptes des personnes qui sont dans le même secteur d’activité ou qui sont les plus à même de relayer efficacement. N’oubliez pas que ce sont des bénévoles qui font cela sur leur temps personnel et il faut mieux essayer au préalable d’entre en contact avec eux pour se présenter.

Afin de mieux se faire identifier par des recruteurs, nous conseillons d’ajouter #i4emploiR dans la biographie. Le « R » à la fin signifiant « Recherche ». Il y a déjà une dizaine de personnes en recherche qui l’utilisent : ici.

Voici quelques exemples de tweets pour faire appel au collectif :

ou

Faire un tweet en mettant juste #i4Emploi est moins efficace car il n’est pas possible pour ceux qui acceptent de relayer de trouver les demandes dans tous les tweets utilisant le hashtag.

Est-ce une méthode efficace ?

En recherchant un emploi, il faut tout faire pour sortir de son isolement. Si Twitter et les messages relayés par #i4Emploi permettent à des entreprises de trouver des profils talentueux et donc à des personnes de retrouver un travail, ce sera un incroyable succès. Il y aurait en France près de 900 000 postes vacants. Toutes les techniques permettant de rapprocher des entreprises et des personnes en recherche sont à exploiter. C’est avec des gouttes d’eau qu’il est possible de créer un océan.

Avec vous des demandes d’entreprises d’utilisation du hashtag ?

Oui, régulièrement, il y a des offres d’emploi qui utilisent #i4Emploi. Par contre, les membres du collectif retweetent assez peu ces messages, car leur priorité est de relayer des demandes de personnes en recherche. Cela peut permettre à des entreprises de trouver des personnes correspondant à des postes vacants, même sans beaucoup de relais du collectif car les personnes en recherche d’emploi regardent aussi ce tweet.

Des chefs d’entreprise utilisent ce moyen pour recruter :

Le sauvetage de l’usine de Meymac vous y croyez ?

Oui j’y crois ! Le temps disponible est l’ennemi, car il est très court. Lorsque j’ai participé au sauvetage de la librairie Comme Un Roman (à Chatou) cela a pris un an de négociations avec les autorités et la justice. Ce sont généralement des dossiers très compliqués. Aujourd’hui, Comme un Roman est sorti de son redressement judiciaire et la démarche a permis de sauvegarder 2 emplois. J’étais le seul à croire qu’une librairie pouvait survivre.  J’ai accepté un bail avec une réduction de loyer le temps que la situation se redresse. Dans ce type de dossier, le repreneur doit souvent faire quelques sacrifices à court terme pour que la situation soit pérenne à long terme.

Même si le dossier est très différent à Meymac, et que le secteur du médicament est en crise profonde, j’y crois, car il y a des repreneurs qui semblent intéressés et qui visitent l’usine depuis 1 mois. Il reste encore 15 jours avant d’avoir la réponse définitive de la justice. J’aime souvent relire Mark Twain « ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait ».

@VioChamp

Violaine Champetier de Ribes

Communication personnelle des dirigeants

Meunier

A lire également :

Hervé Monier, l’auteur du brandnewsblog a interviewé Didier Pitelet et Franck La Pinta sur la marque employeur. Il en a profité pour avoir leur avis sur #i4Emploi. Leurs témoignages apporte un angle de vue pragmatique pour l’un et engageant pour l’autre. A découvrir ici

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