Kaspar Korjus

Suite de la Learning Expedition en Estonie avec Jean Michel Billaut & CO. Notre French delegation s’est délectée d’avoir plongé plusieurs jours dans le grand bain digital estonien. Jeudi 25 mai, présents à la Tech Conférence Latitude 59, nous avons assisté en direct au discours de Kaspar Korjus qui dirige le programme e-Résidence. Ce programme érige la première plateforme au monde d’identité transnationale afin de démocratiser l’entrepreneuriat à l’échelle mondiale. Classé parmi les « 30 under 30″ d’Estonie par Forbes, il mène de main de maître la création de cette nation totalement numérique pour les citoyens du monde. Cette nouvelle e-nation repose sur l’inclusion, la transparence et la légitimité et permet à chacun d’entreprendre quelle que soit sa nationalité, son pays de résidence ou ses moyens financiers.

Kaspar Korjus a entamé son discours en déclarant : « Il y a deux ans et demi, nous avons décidé de devenir une nation sans frontière pour que chaque citoyen de cette planète puisse devenir un E.-résident d’Estonie et lancer son entreprise tout en restant avec leurs proches et dans leur pays. Le but est de contribuer à améliorer le monde grâce à la création de nouveaux produits et de nouveaux services. Le problème n’est pas un manque d’idée ou de talents, le principal problème vient des lourdeurs administratives et des freins financiers. Ce dont ces entrepreneurs ont besoin c’est de pouvoir créer et gérer une entreprise qui génère la confiance dans le monde entier avec des outils pour gérer une entreprise en ligne tels que des services bancaires intégrés et des solutions de payement internationales ».

Le manager de ce programme a annoncé en direct le partenariat avec la Fintech Finlandaise Holvi qui a élargi ses services en créant le compte bancaire pour E-résidents. Les E.-résidents bénéficieront d’un compte professionnel totalement digital avec une business MasterCard et les outils nécessaires au développement de leur activité. Holvi se présente comme le banquier des markers et des doers. Seuls les E.-résidents américains ne peuvent encore bénéficier de ce service, mais tout est mis en oeuvre pour que cela soit bientôt le cas. Dans la continuité de cette volonté de mettre l’entrepreneuriat à la portée de tous, l’Estonie vient de lancer une nouvelle initiative avec les Nations Unies : « eTrade for all ».

Il y a deux ans et demi, lors du lancement de l’e-Residency, il fallait venir quatre fois en Estonie pour effectuer les formalités. Jeudi dernier, Kaspa a donc annoncé qu’il n’était plus utile de venir, plus aucun déplacement en Estonie n’est désormais nécessaire !

Les entrepreneurs peuvent tout gérer à distance grâce leur carte d’identité digitale qui leur donne accès à l’administration du pays : le X-Road. Des start-ups s’occupent de la gestion intégrale de votre entreprise pour une cinquantaine d’euros par mois (comptabilité, factures etc…). Un des membres de notre délégation a d’ailleurs créé sa 5° start up en direct sous nos yeux ébahis. Il en a conclu que la simplicité des démarches n’avait strictement rien à voir avec ses précédentes créations. On pourrait même dire que c’est le jour et la nuit. Et que celle ou celui qui n’a jamais perdu patience devant un formulaire CERFA ou un fonctionnaire récalcitrant (ou les deux..) lui jette la pierre… Je pense que je vais emboiter ses pas digitaux…

Le coté amusant de cette annonce est le nouveau marketing qui en découle: Vous n’avez pas besoin de venir en Estonie ! Quel pays fonderait sa communication sur un tel slogan? Cela illustre bien la culture disruptive qui nourrit les stratégies de ce petit état européen. Petit pays qui réserve bien des surprises et qui a beaucoup de chances de devenir une des futures grandes nations digitales.

A ce jour on compte 20.000 E-Résidents de 138 pays et 3.000 entreprises créées.

Entretien avec Kaspar Korjus :

A la fin de son intervention, j’ai échangé avec Kaspar. Ma première question a été: comment peut-on faire en France (avec son historique, sa lourdeur administrative et ses freins de tout ordre..) pour mettre notre Etat au full digital et permettre aux Français d’avoir une vie aussi simple qu’ici (les Estoniens gagnent une semaine de travail par an grâce à leur administration digitale…) ?

Demandez que votre pays devienne digital. Cette demande doit venir des citoyens français qui doivent eux-mêmes demander (exiger?) que l’État se digitalise complètement. Vous ne devez pas avoir peur. Ce système est beaucoup plus sécurisé qu’une administration basée sur du papier. Il faut commencer par instaurer la confiance, une prise de conscience sociale et une adaptation des lois. La technologie arrive après. Les Français doivent faire ce premier pas et demander à leurs responsables d’agir vite.

Est-ce vraiment une urgence pour l’État français ?

C’est un vrai problème pour un pays si la vague digitale n’y est pas bien menée. Pour l’instant il ne s’agit que de l’amélioration de la mécanique administrative (et économique par répercussion) mais dans 10 ans c’est la question fondamentale des revenus de l’État qui sera impactée. Dans 10 ans tout le monde sera en mesure de choisir librement d’appartenir à une nation digitale et les gens ne choisiront pas les pays dont l’administration est la plus pesante et qui repose à la fois sur du papier et des personnes. Comme en Italie et en Angleterre, la France doit vraiment s’y mettre. L’Estonie est prête à aider les autres états dans leurs démarches.

Personnellement, je ne ferai pas confiance à une administration non digitale, car à aucun moment je ne peux savoir qui a regardé ma data ou l’a modifiée. Je fais confiance aux mathématiques et au cryptage des données. Notre système est transparent et à tout moment le citoyen Estonien peut se connecter et savoir en quelques secondes qui utilise sa data et dans dans quel but.

En juillet, l’Estonie va prendre la présidence de l’Union européenne, avez-vous prévu des actions spécifiques ?

Le digital sera le sujet principal. Nous allons annoncer de nombreuses innovations. Je pense qu’il est possible de mettre en place de réels changements très rapidement au sein de l’Union européenne.

Votre solution d’e-Residency a-t-elle été déjà copiée par d’autres pays ?

Oui, l’Azerbaïdjan ! Vous pouvez aller voir sur leur site. Nous sommes contents de ce genre d’initiative, car cela va dans la continuité de notre philosophie qui est de permettre une grande qualité de service à tous. Et dans ce domaine, plus y il a d’acteurs plus les gens y gagnent.

Pour conclure, au-delà de l' »expérience citoyen », du full digital et de cette volonté de ne laisser personne sur le bord de l’autoroute digital, si je devais résumer en deux mots ce qui anime chaque décision des décideurs Estoniens cela serait : PEOPLE FIRST

(A bon entendeur..)

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Violaine Champetier de Ribes 

@VioChamp

Digital ghostwriter & innovation designer

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