le meunier qui dort

De retour à Paris, après 48 heures passées de l’autre côté de la Manche, je n’en reviens toujours pas du contraste saisissant entre Londres et Paris. Je rentre avec des perspectives de partenariats solides, des débouchés européens.

Récemment, j’ai assisté à une conférence de la French Tech lors de laquelle un collaborateur de l’INPI a lourdement insisté sur la nécessité de protéger son savoir-faire, sa marque, etc.. avant d’entamer la moindre démarche de partenariat. Avide de conseils de personnes  avisées, j’ai décidé de prendre attache  avec L’INPI. Je devais donc y passer une matinée entière avant de partir pour la capitale britannique et d’y rencontrer des partenaires potentiels.

le meunier qui dortOr, le hasard faisant souvent bien les choses, je n’ai pas pu me rendre à l’INPI en raison d’une urgence en lien avec l’activité  d’un de mes clients. Je suis donc montée dans mon Eurostar sans avoir de guideline précise quant à la nécessité de protéger mon activité ou ma marque.  Tout en étant consciente de disposer d’un peu de marge avant qu’un anglophone ne lance « un sleeping miller »

Je me suis donc rendue à mon premier rendez-vous, dans le quartier de Old Street qui bouillonne d’innovation, un peu perplexe et sans clause de confidentialité à faire signer à mes interlocuteurs.

J’arrive alors dans un espace de co-working bondé.  Les individus  avaient tous l’âge d’être mes enfants à une ou deux exceptions près… et mon rendez-vous était bien d’une génération de moins que moi. oldstreetNous avons repris une conversation que nous avions commencée sur Skype.  Très vite, nous avons réalisé que nous avions les mêmes centres d’intérêt professionnels, aimions les mêmes aspects de notre métier et envisagions des approches jumelles. Pendant un moment, j’ai eu l’impression d’être face à mon clone.  Et nous voilà, une heure après le début de notre rendez-vous, en train de rédiger une recommandation pour un prospect que nous avions identifié et à qui nous proposions un service bilingue et biculturel, pour une présence sur les marchés français et anglais. Deux heures plus tard, la recommandation rédigée  avec une complémentarité qui frisait la complicité était envoyée. Du haut de ses 27 printemps, ma « correspondante anglaise » venait d’embaucher son 20° salarié en 18 mois d’activité. Elle m’a expliqué être  dans une phase cruciale de développement qui nécessitait d’abandonner le management latéral. Face au nombre croissant de clients et de collaborateurs, il lui a fallu rationaliser et injecter de la verticalité. Désormais, plus rien ne sort sans l’aval du graphiste, du responsable éditorial, etc. Son associée rencontrée sur Twitter, vient de Moscou où elle a déjà revendu sa première entreprise à 25 ans. Son équipe est cosmopolite à l’image des autres start-ups installées à Londres.

le meunier qui dortApparemment, ma startupeuse londonienne qui est passée directement des bancs de la fac à ceux de l’espace de coworking était contente de pouvoir m’ajouter aux cordes de son arc. En effet, elle ne passe pas une semaine sans rencontrer un Français:  « Ils ne sont pas les seuls étrangers à Londres mais ils sont très nombreux et cela créé des nouveaux besoins pour nous (agence digitale) ».  Et de continuer de m’expliquer : « les gens viennent de toute l’Europe et s’installent ici dès que leur entreprise a pris un peu d’ampleur, c’est ici qu’ils prennent leur véritable envol… »

Deuxième rendez-vous, deuxième expérience, avec un compatriote cette fois. Réunion autour de la table de la cuisine de ses bureaux et entre un paquet de céréales et une corbeille de fruits pendant que les collaborateurs concentrés se servent un café ou se font griller une tartine. Réussite toute aussi rapide: 18 mois depuis la création sur fonds propres, 15 collaborateurs. Mon interlocuteur m’explique qu’il ne signe pas des contrats de 30 pages avec ses clients, loin de là… « Parfois on se tape dans la main et ça suffit ». Face à tant de réactivité et d’agilité, j’ai joué la carte de l’Open innovation et lui ai exposé mon offre encore plus en détails qu’à mes propres clients. Il m’a précisé que pour rester compétitif, il sous-traite une partie de ses prestations en France : graphisme, consultant sénior… Car ils y sont plus d’un tiers moins cher à compétences égales. Je n’ai pas pu empêcher de penser aux call-centers délocalisés à l’étranger, dans des pays à l’économie moins développée pour assurer des prestations rentables… Désormais, c’est au tour de la France de fournir de la main-d’oeuvre bon marché à une autre économie plus dynamique, plus rentable, plus évoluée… Bilan de la réunion : dès que l’occasion se présente nous mettons une collaboration en place. Durée de l’entretien : 50 minutes… L’efficacité incarnée.

le meunier qui dortJe remonte dans l’Eurostar, vers mon pays d’origine où la Ministre du Travail ne connait pas les conditions de renouvellement d’un CDD. La méconnaissance d’un pré-requis aussi essentiel vaudrait un licenciement à n’importe qui dans n’importe quelle entreprise du monde, mais pas en France et pas dans celle qui est censée poser le cadre de toutes les autres. Des cadres et encore des cadres totalement obsolètes, mais que l’on va passer des mois à peaufiner, parce qu’ici, ceux qui tiennent les manettes n’ont pas lu le nouveau mode d’emploi et dirigent sereinement en marchant à reculons.

Violaine Champetier de Ribes @VioChamp

Communication personnelle des dirigeant(e)s

Meunier

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