Vincent Cesoedes

Traditionnellement, quand on évoque la philosophie, on s’attend à des écrits, des conférences ou des discussions. Mais là aussi le numérique dessine une nouvelle voie. Toujours à l’affut des nouveautés, Vincent Cespedes, philosophe très connecté, utilise le digital pour faire de la philo un acte nouveau. Avec Deepro, il fait entrer la philosophie appliquée dans l’ère numérique. La philo devient ainsi un outil pédagogique qui apprend à vivre chaque jour : un axe de développement des activités quotidiennes. Disponible sur Apple Store et Google Play, ce premier test sur smartphones révèle les valeurs de chacun et les logiques qui sous-tendent nos comportements. Pour en savoir plus sur cette nouvelle façon de cogiter, voici une interview croisée des concepteurs Vincent Cespedes et Hà Giang, respectivement fondateur et dirigeante de Matkaline, la société à travers laquelle le projet a pris corps.

À quoi sert cette nouvelle appli ?

Vincent Cespedes : Elle révèle nos valeurs dans trois sphères : personnelle (pour moi), relationnelle (mes amis) et sociale (au travail), ainsi que ma logique comportementale et ma vocation. Ce qui permet de trouver des solutions adaptées pour construire une équipe, favoriser la collaboration interne ou améliorer sa performance. Deepro permettra ultérieurement de recouper tous les résultats obtenus afin d’établir une cartographie générale des valeurs réellement à l’œuvre pour un individu, dans un groupe ou une société. Ce test individuel prend une dimension interactive lors d’ateliers. Il favorise l’échange, la réflexion sur soi et sur les autres, la prise de décision, l’aide au développement personnel et à la synergie collective. Au-delà de la démarche personnelle, il peut être utilisé en entreprise comme outil d’accompagnement, entretien d’embauche, au cours des évaluations annuelles, pour construire une équipe et enfin pour résoudre des problèmes et confits.

Un des objectifs est de remettre les valeurs humaines au cœur du fonctionnement de l’entreprise. Insuffler de l’humanité dans le monde du travail, c’est aller bien au-delà des apparences et des postures conventionnelles. Pour cela, il faut se sentir bien dans son travail, avoir l’envie d’initier des projets collectifs, être force de proposition et de progrès, diffuser une énergie positive et joyeuse au service des autres.

Comment est né le projet ?

Vincent Cespedes : À 13 ans, j’ai voulu créer une langue universelle. L’utilisation systématique de l’anglais me gênait. Depuis cette époque je réfléchis à ce qui constitue un point commun entre les différents peuples. Dans ce cas, si l’on ne veut pas faire de l’espéranto bis, on doit parler de ce qui fait le réel. Or ce qui est intéressant c’est la façon dont on construit ce langage universel. Ce travail a pour but de trouver l’alphabet du monde à travers la création d’archétypes, de bribes du réel, permettant de conceptualiser les événements, les émotions et les actions possibles, afin de trouver de nouvelles solutions. Tout repose sur les valeurs communes et comment travailler sur ces valeurs communes. J’ai donc créé un système axiologique que j’ai commencé à tester par l’intermédiaire du Jeu du Phénix (Flammarion, 2011). Ce tarot philosophique a permis de tester et de « challenger » ce système de valeurs dans le monde entier pendant cinq années.

Deepro
En quoi Deepro est-il utile ?

Hà Giang. Notre philosophie de vie est plus stable quand les valeurs viennent de loin et se sont construites dans le temps. On peut avoir des caractères différents et portant les mêmes valeurs. Ce qui nous oppose, ce ne sont pas les différences entre les caractères, mais les différences de valeurs : elles sont à l’origine des conflits. À travers ce prisme, les différences de caractère entre un calme et un impatient deviennent une source de complémentarité. Deepro permet d’objectiver tout ça, d’en parler et de mieux se comprendre.

Comment avez-vous construit cette appli ?

Hà Giang. Nous travaillons depuis deux ans sur le projet. Le développement a été réalisé au Vietnam. L’appli est basée sur un système de valeurs complexe et structuré, les 48 « métavaleurs » universelles définies par Vincent sont réparties en ondes de charme  et en ondes de choc.

À quelle école philosophique s’apparente ce projet ?

Vincent Cespedes. La démarche prend racine dans la maxime socratique : « Connais-toi toi même », qui est la base de la philosophie appliquée. Connaître son système de valeur et celui de l’autre permet de savoir comment on fonctionne ensemble. C’est l’importance que l’on donne à certains mots qui révèle notre système de valeurs. Le résultat du test n’est pas figé. C’est avant tout un moyen de faire mieux connaissance avec soi-même. Bien sûr, de nombreux travaux m’ont inspiré, dont ceux d’Erich Fromm, d’Antoni Kepinski, de René Le Senne…

La philo a-t-elle encore sa place dans le monde numérique ?

Vincent Cespedes. La philosophie devient plus importante que jamais, car elle est un moyen pour aller chercher les connaissances, pour connaître les autres, pour nourrir un esprit critique, rendre du recul, donner du sens à la multitude d’informations auxquelles nous sommes quotidiennement confrontés.

Violaine Champetier de Ribes  @VioChamp

Porte plume de dirigeant(e)s

Paris – Londres

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