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Carole Barjon est rédactrice en chef adjointe au service de politique intérieure du Nouvel Observateur. Elle a longtemps dirigé la rubrique « Téléphone Rouge » du journal. Depuis 2003, elle est chargée de l’Elysée et de la droite (UMP). Elle est également l’auteur de « Si on me cherche » avec François Chérèque (Albin Michel, 2008) et de « Le Coup monté » avec Bruno Jeudy (Plon, 2013). 5.947 abonnés la suivent sur Twitter à ce jour : @CaroleBarjon

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Comment avez-vous perçu l’arrivée du numérique dans

votre métier ?

Personnellement, j’ai mis du temps à prendre conscience que c’était plus qu’une mode, que c’était le média de l’avenir. Parce que je suis une journaliste de la presse écrite hebdomadaire, la notion « d’immédiateté de l’information » était en contradiction avec les bases même de notre travail : un de nos principaux défis était au contraire de parvenir à conserver une information exclusive, parfois pendant une semaine, jusqu’à la prochaine parution du Nouvel Observateur en kiosque afin d’assurer la publication d’informations inédites et exclusives à nos lecteurs.

Est-ce qu’internet a beaucoup modifié votre façon de travailler ?

Internet ne change pas le style des journalistes. Chacun a un style qui lui est propre, ses trucs, voir ses tics d’écriture. La façon de concevoir, la manière de construire un article restent les mêmes. En revanche, les délais sont plus sont plus rapides, on est plus pressé par le temps, et on a moins de temps pour se relire.

Ecrivez-vous différemment pour l’édition en ligne du
Nouvel Observateur : « en temps réel » ?

Pour l’édition numérique, les papiers sont toujours plus courts, car pour le moment c’est l’information nouvelle qui prime. Mais cela sera peut-être différent dans l’avenir. En effet, le Nouvel Obs envisage de publier des papiers « longs » aussi appelés papiers « magazine » sur le site en ligne du journal. Cela, afin de permettre de mieux différencier l’offre du site internet d’un « news magazine », de celui d’un quotidien.

Lorsqu’ils recèlent des informations inédites, les articles que j’écris pour l’édition papier, sont mis en ligne le mercredi, la veille de la parution. La partie de l’article qui est publiée est alors en ligne en guise de « teasing ».

Que pensez-vous des commentaires des lecteurs sur internet ?

Parce que je suis journaliste politique, parce que je suis chargée de couvrir l’activité de la droite au Nouvel Observateur et que la politique est un sujet passionnel, je constate, pour ce qui me concerne, que les gens qui s’expriment sont particulièrement réactifs. Si on ne va pas dans leur sens, on se fait étriller. Les gens mécontents prennent plus souvent leur plume que les autres. La proportion est de 95%. C’est dire que lorsqu’un lecteur fait une remarque pertinente ou envoie un commentaire positif (5%), je suis ravie !

Quels sont les principaux enjeux d’un news magazine face
à l’immédiateté de l’information ?

Les news magazine sont confrontés à deux difficultés. D’abord, il est de plus en plus difficile de publier des informations inédites, face à la concurrence de Twitter et des autres média sociaux. Ensuite, ils doivent aussi faire face aux mutations éditoriales des grands quotidiens qui ont de plus en plus tendance à effectuer un traitement « magazine » de l’information. Les quotidiens ont en effet dû s’adapter aussi à la fois à la concurrence des chaines d’information continue et à l’apparition de la diffusion en temps réel de l’information sur internet.

Lorsque j’ai débuté au milieu des années 80, on trouvait par exemple dans le Monde et dans le Figaro des comptes rendus très exhaustifs des débats à l’Assemblée Nationale et même au Sénat. Désormais, ces débats sont filmés et diffusés en temps réel. Pour trouver des articles de ce type dans un quotidien actuellement, il faut vraiment que le débat parlementaire ait donné lieu à une grosse polémique.

Toujours à la même époque, la première page du Monde se composait de plusieurs débuts d’articles que l’on était invité à poursuivre dans chaque rubrique correspondante à l’intérieur du journal. Maintenant, le lecteur du Monde est accueilli par une « manchette » générale ce qui implique (dans notre jargon) de « monter un sujet » ou de « choisir un angle », sur le modèle des news magazine. Par exemple, à partir de deux ou trois faits divers dans des établissements scolaires, on va « monter » un sujet sur la violence à l’école et y inclure l’interview d’un sociologue, d’un criminologue…..

Autre exemple, la une récente de Libération : « la réforme en panne » est plus un
(analyse et bilan) de la présidence actuelle qu’un traitement de l’info de ce jour là.

Pour répondre à ces nouveaux enjeux le Nouvel Observateur lance sa nouvelle formule qui sera en kiosque le 23 octobre. Outre un traitement différent de l’information, vous pourrez y découvrir une nouvelle maquette qui comprend davantage de visuels, d’infographies et bien d’autres nouveautés dont nous gardons le secret jusqu’à la sortie !

Interview réalisée par Violaine Champetier de Ribes

pour le blog du Meunier qui dort.
@VioChamp

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