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Interview de Carole Barjon (2/2) :
21/10/2014
Carole Barjon est rédactrice en chef adjointe au service de politique intérieure du Nouvel Observateur. Elle a longtemps dirigé la rubrique « Téléphone Rouge » du journal. Depuis 2003, elle est chargée de l’Elysée et de la droite (UMP). Elle est également l’auteur de « Si on me cherche » avec François Chérèque (Albin Michel, 2008) et de « Le Coup monté » avec Bruno Jeudy (Plon, 2013). 5.947 abonnés la suivent sur Twitter à ce jour : @CaroleBarjon.

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On parle beaucoup de l’histoire d’amour entre
les journalistes et Twitter. Que pensez vous de Twitter ?
Quelle utilisation en faites-vous ?

Twitter est d’abord une source d’information formidable. En complément de l’AFP à laquelle ma rédaction est abonnée, cela permet d’avoir accès aux « papiers » des autres agences. Les sources d’informations sont donc beaucoup plus nombreuses mais cela implique évidemment de procéder à un sérieux tri.

Comment faites-vous le tri pour vous assurer de la véracité des informations qui y circulent ?

Tout dépend de la nature de cette information. Si on tombe sur un tweet annonçant que Nicolas Sarkozy effectuera son retour sur France 2 tel jour, on doit vérifier ce type d’information en appelant immédiatement le cabinet de l’ancien président.
S’il s’agit d’extraits de conversations, de ces fameux petits dialogues de coulisses qu’on appelle des « off », on se fonde généralement sur la crédibilité, sur la réputation de sérieux de l’auteur du tweet en question. Dans le doute, mieux vaut s’abstenir de retweeter. Ces informations sont aujourd’hui très nombreuses et sont souvent diffusées en temps réel. Ces reprises de déclarations « off » sont généralement issues de conversations autour d’un café après l’interview d’un homme politique par des journalistes de radio ou télévision.

Depuis quand êtes vous sur Twitter ?

J’ai ouvert un compte sur Twitter pendant la campagne présidentielle de 2012. Ma première réaction a été très négative car j’ai été sidérée par le narcissisme de certaines personnes : leur vie quotidienne est découpée en tranches sur Twitter. Je pense en particulier à une journaliste de télévision très connue qui tweetait comme un métronome son emploi du temps domestique, les devoirs des enfants, la préparation du goûter, etc….Ca en dit long sur notre époque. J’ai vite compris qu’il ne fallait surtout pas à s’abonner à ses gens là qui étaient sans intérêt et j’ai commencé à sélectionner.

Qu’est-ce qui vous plait quand vous êtes sur Twitter ?

J’apprécie beaucoup les partages de liens qui permettent de prendre connaissance d’articles très intéressants rédigés par des universitaires, des historiens, des politologues, etc…. Il arrive que ces gens qui travaillent sur le long terme réagissent sur des sujets d’actualité. Cela permet alors de resituer le contexte des informations qu’on nous délivre, de les remettre en perspective.

Twitter est en tout cas un outil de travail très utile pour une journaliste comme moi. La « Twittosphère » indique les tendances en vogue dans une petite partie de l’opinion, celle des décideurs ou des prescripteurs (pas de l’ensemble des Français). Elle permet parfois de mesurer l’ampleur d’un phénomène. Je pense notamment aux retweets des hommes politiques et de leurs partisans. On a alors une idée assez claire de ce qu’ils vont mettre en avant dans leur prochaine argumentation. En effet, il y a les informations qu’ils choisissent de relayer et celles qu’ils ne retweetent pas. On a donc une idée précise de ce qui les motive.

Qu’est-ce qui vous plait moins ?

Le plus difficile a été de découvrir qu’il fallait assurer personnellement la promotion de ses propres articles. Je peux facilement partager des articles de confrères quand j’y ai trouvé une analyse ou un argument juste, mais j’ai eu du mal à promouvoir mes « œuvres »… Dans mon école, le CFJ, (Centre de formation des journalistes), on nous avait appris exactement le contraire ! Pour nous apprendre l’humilité, on nous répétait que nous devions être conscients que nos articles serviraient très vite à envelopper les salades… Il n’y a pas si longtemps, lorsqu’un journaliste avait obtenu et traité l’interview exclusive d’une personnalité, ce n’était jamais lui qui décrochait son téléphone pour le signaler à l’AFP. Aujourd’hui, on lui demande souvent (pas toujours) d’assurer ce « service après-vente ». Je m’y suis donc mise aussi. Mais seulement lorsque j’ai le sentiment d’apporter une vraie valeur ajoutée.

Interview de Violaine Champetier de Ribes pour le blog du Meunier qui dort
@VioChamp

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